L'Analyse #7 — Monogestes : l'audit change de patron

497 000 monogestes en 2023, 187 000 en 2025 : le déclin est déjà là. Le vrai moteur de l'audit reste la vente E-F-G, pas la prime.

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Fin des monogestes MaPrimeRénov' : votre audit change de commanditaire, pas de volume

Au 1er septembre 2026, six forfaits quittent le parcours par geste de MaPrimeRénov' : isolation des toits et combles, changement de fenêtres, ventilation, poêle à bois ou à granulés, chauffe-eau thermodynamique, chauffe-eau et chauffage solaires hors Outre-mer. Ces travaux restent finançables, mais seulement dans une rénovation d'ampleur, celle qui suppose un audit énergétique RGE. La tentation est de lire là une hausse mécanique de la demande d'audit. Les chiffres disent l'inverse : le monogeste s'était déjà effondré, et le moteur de votre carnet reste la vente, pas la subvention.

Ce qui s'est passé

Un décret et un arrêté modifiant l'arrêté du 14 janvier 2020, texte socle de MaPrimeRénov', sont présentés au Conseil national de l'habitat le 2 juillet ; la liste et le calendrier ne seront figés qu'après publication au Journal officiel. La mesure s'inscrit dans une économie de 300 millions d'euros sur l'enveloppe 2026. Elle prolonge un rééquilibrage engagé depuis 2024, qui pousse le « par geste » vers le « parcours accompagné ».

Ce rééquilibrage a déjà produit ses effets, sans réforme supplémentaire. Le monogeste est passé de 497 000 dossiers en 2023 à moins de 250 000 en 2024, puis 187 425 en 2025, un recul de 62 % en deux ans (bilans Anah). Sur la même période, la rénovation d'ampleur montait à 91 374 dossiers en 2024 puis 120 306 en 2025, mais au prix d'une suspension du guichet du 23 juin au 30 septembre 2025 pour saturation budgétaire et 12 % de dossiers présentant anomalies ou fraude. Le guichet a rouvert le 23 février 2026 après la loi de finances, avec près de 83 000 dossiers en attente. Supprimer les six forfaits, c'est donc acter un déclin en cours, pas ouvrir un marché neuf.

Deux marchés d'audit, désormais distincts

Il faut cesser de parler « du » marché de l'audit. La réforme sépare nettement deux flux, avec deux commanditaires et deux régimes de responsabilité.

Audit MaPrimeRénov' ampleur Audit réglementaire de vente
Déclencheur Décision de rénover (incitatif) Vente d'un bien E, F ou G (obligatoire)
Commanditaire Le ménage porteur du projet Le vendeur, via le notaire
Volume Plafonné ~120 000 dossiers/an (budget Anah) ~100 000 audits potentiels/an (obligation vente)
Livrable Scénarios chiffrés + saut de 2 classes visé Constat + scénarios, valeur informative
Engagement Résultat attendu sur les travaux Information de l'acquéreur

Le premier marché dépend d'un budget public qui a montré en 2025 qu'il pouvait fermer sans préavis. Le second dépend d'un calendrier légal : audit obligatoire à la vente depuis le 1er avril 2023 pour les classes F et G, étendu à la classe E le 1er janvier 2025, puis à la classe D en 2034 (écologie.gouv.fr).

Ce que ça change pour les diagnostiqueurs

Votre demande ne bascule pas, elle se déplace. Le ménage qui perd l'accès au monogeste isolation n'a pas pour seule issue la rénovation d'ampleur. Il peut réaliser le même chantier via un certificat d'économies d'énergie classique (fiches BAR-EN-101 combles, BAR-EN-103 murs, toujours actives), un Coup de pouce chauffage qui atteint 4 000 euros pour les ménages modestes, ou un éco-PTZ par geste. Aucune de ces routes n'exige d'audit, ni ne passe par vous pour la prescription. Le report vers l'ampleur, donc vers l'audit, est un choix économique, pas un réflexe.

Le reste-à-charge arbitre à votre place. Un monogeste isolation représente 1 500 à 3 500 euros de travaux ; une rénovation d'ampleur, 25 000 à 60 000 euros, avec un reste-à-charge de 7 000 à 15 000 euros pour un ménage modeste. La FFB et la Capeb, qui dénoncent la vingtième modification du dispositif en trois ans, anticipent un report voire un abandon des projets chez les ménages qui ne peuvent pas financer une rénovation globale. Un projet abandonné ne devient pas un client audit : il devient un non-client.

Le vrai moteur, c'est la vente, et il est déjà saturé. Sur environ 921 000 transactions annuelles, la part des ventes F-G tourne autour de 15 %, soit près de 138 000 ventes, auxquelles s'ajoute la classe E depuis 2025. En retirant les copropriétés, hors champ de l'obligation, le gisement d'audits de vente est de l'ordre de 100 000 par an. Or le nombre de diagnostiqueurs habilités à l'audit énergétique était tombé à son plus bas, 2 924, début 2025, pour 9 200 diagnostiqueurs actifs. La contrainte de 2026 n'est pas la demande, c'est la capacité : la place est à prendre pour qui se certifie à l'audit.

Checklist pratique pour la prochaine mission

  1. Vérifiez la validité de votre qualification audit RGE. Le nombre d'auditeurs habilités a chuté de 15 % en un mois fin 2024 sur effet de recertification ; ne laissez pas la vôtre expirer au moment où le gisement vente s'élargit.
  2. Contrôlez votre RC pro. Le plancher raisonnable pour l'activité d'audit est de 500 000 euros par sinistre. Vérifiez que le contrat couvre l'audit et pas seulement le DPE.
  3. Repositionnez votre offre commerciale sur la vente. Le flux notarial E-F-G est prévisible et réglementaire ; le flux MaPrimeRénov' dépend d'un budget qui a déjà fermé une fois.
  4. Surveillez la publication au Journal officiel. Tant que le décret et l'arrêté ne sont pas parus, la liste des forfaits et le calendrier restent susceptibles d'évoluer après le passage en CNH du 2 juillet.

Le contexte (jurisprudence)

L'audit d'ampleur vous expose plus qu'un DPE de vente, parce qu'il porte des scénarios chiffrés et un gain de classes projeté. La chambre civile de la Cour de cassation confirme une exposition qui monte : le 17 octobre 2024 (Civ. 3, n°22-22.882), elle a retenu la responsabilité d'un diagnostiqueur pour une erreur sur l'épaisseur d'isolation des combles, un DPE rectifié ayant pourtant été transmis au notaire avant l'acte, tout en limitant le préjudice à la perte de chance de négocier le prix. La cour d'appel de Paris, le 21 février 2025 (n°22/19288), est allée plus loin : dans une affaire où le diagnostiqueur avait repris les seules factures du vendeur sans appliquer la méthode 3CL, elle a condamné le diagnostiqueur et son assureur à 36 000 euros, soit 7,5 % du prix de vente, en distinguant la réparation intégrale due par le vendeur de la seule perte de chance imputable au diagnostiqueur. Dans un dossier d'ampleur, la difficulté est différente : si le saut de classes promis n'est pas atteint, le litige peut viser la méthode de l'audit, l'exécution des travaux ou la mission d'assistance à maîtrise d'ouvrage. Trois portes que l'audit de vente, purement informatif, n'ouvre pas.

Ce qu'on regarde maintenant

  • La publication au Journal officiel du décret et de l'arrêté, après le CNH du 2 juillet : c'est elle qui figera la liste des forfaits et confirmera, ou non, les modalités encore rapportées de seconde main sur le calendrier.
  • Le projet de loi présenté en Conseil des ministres le 24 juin, qui réautoriserait la location des logements F et G sous engagement de travaux : s'il est voté, il retire une part de la pression réglementaire sur la vente et la location qui alimente aujourd'hui la demande d'audit et de DPE.

Une question pour vous — sur vos ventes E-F-G, êtes-vous déjà à saturation de capacité ? (Oui / Non / À vérifier — un mot suffit. Vos retours orienteront une prochaine Analyse sur la capacité d'audit en zone rurale.)

À mardi pour Le Brief.

— Martin